Aix Marseille Vert
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À propos du bulletin

      

ÉDITORIAL

Catherine DUFOSSÉ

Bonne Année à notre école !

Avant toutes choses, bonne année à tous !

Que cette année palindrome, (il n’y en a qu’une par siècle, ce n’est pas si fréquent ! !) vous soit favorable et vous apporte toutes sortes de choses belles et bonnes.

L’année a commencé pour moi sur les chapeaux de roue, avec un colloque sur l’enseignement primaire en Europe à la Sorbonne, le 7 janvier, jour de la rentrée scolaire. En tant que membre de la commission Kahane, je participais à l’organisation de cette réunion. Ainsi, au lieu d’enseigner à mes élèves de première S ce qu’est le produit scalaire, j’ai passé un moment à tenir le vestiaire et à distribuer des badges (à la totale stupéfaction de notre IG Marc Fort qui passait par là !). Outre cette reconversion inattendue et plutôt comique, ce colloque m’a conduit à quelques réflexions qui m’ont fait apprécier cette journée perdue pour mes élèves : l’enseignement primaire a une place fondamentale où les aléas politiques jouent un rôle particulièrement crucial qui est apparu clairement au cours des interventions successives.

  • Ainsi, la déléguée de Roumanie a expliqué que l’enseignement primaire, dans la période " communiste ", s’était cantonné à un travail d’alphabétisation et que de nouveaux programmes, plus ambitieux sur le plan de la formation intellectuelle se mettaient en place actuellement.
  • Le délégué du Portugal, a expliqué quant à lui que le taux d’alphabétisation était très faible au temps de la dictature de Salazar, et que le gouvernement actuel faisait de gros efforts pour rattraper ce retard, avec l’aide et la participation active et organisée des enseignants, tr ès motivés et très militants : l’association des professeurs de mathématiques a 6000 membres dans ce petit pays de 10 ou 11 millions d’habitants !

  • Autre exemple : l’Italie, où un projet de réforme prévoyant l’unification des écoles secondaires (actuellement fractionnées en beaucoup de types de lycées) a été annulé par le gouvernement Berlusconi, et remplacé par un système diamétralement opposé, augmentant de 5 à 8 le nombre d’écoles secondaires différentes, introduisant 6 niveaux d’examens au lieu des 3 actuels et des tests d’admission à l’université.

  • Mais ma plus grande surprise a été la description de la situation allemande. On sait que le système d’apprentissage à l’allemande a été admiré et prôné par certains en France. Or les résultats de l’Allemagne aux tests internationaux sont régulièrement faibles, et les résultats de l’Allemagne à l’étude PISA sur la population de 15 ans, dont les résultats ont été publiés par l’OCDE fin 2001 ont presque fait scandale : l’Allemagne y est classée 27ème sur les 32 pays étudiés, juste devant le Brésil par exemple. L’intervenante allemande au colloque de la Sorbonne nous a fait une description très préoccupante de l’école primaire allemande : dans presque tous les Länder, l’école primaire ne dure que 4 ans, c’est la seule " école pour tous ", et son rôle est essentiellement de trier les élèves en 3 catégories dés l’âge de 10 ans : les " bien doués " qui iront au Gymnasium et pourront seuls accéder à l’Université, les " moyens " qui iront en Realschule, et les " moins doués " qui seront dirigés vers les Hauptschule. Ajoutons que les horaires de l’école primaire sont très légers (quelques heures dans la matinée, même pas une demi-journée complète) ce qui conduit les femmes à rester à la maison pour garder leurs enfants. Résultats de ce système rigide : la seule école qui compte est le Gymnasium, et l’école primaire est négligée et méprisée, elle n’a pas été rénovée de façon substantielle depuis 30 ans, et on demande d’abord aux institutrices d’ " aimer les enfants ", sans trop se soucier des enjeux intellectuels de l’enseignement primaire, de sorte que la situation empire au lieu de s’améliorer. Quand ce genre de description est fait par une spécialiste reconnue sur les plans national et international, il est crédible, et il fait froid dans le dos… Je garde en tête les paroles d’un jeune allemand lues dans Libération justement ce 7 Janvier : il disait que personne ne s’était plus soucié de le faire progresser à partir du moment où il avait été classé une fois pour toutes comme " mauvais élève " : l’école avait rempli sa mission envers lui, qui était de le cataloguer !

Et la France dans tout ça ? Elle se situe dans la moyenne, mais ce qui y est remarquable, c’est que les écarts y sont assez resserrés : notre collège unique a donc bien une vertu ; il ne fait pas des miracles, mais il réussit bel et bien à réduire, plus que beaucoup d’autres systèmes, les écarts entre les populations d’origines sociales diverses ! Nous ne ramons pas pour rien !

J’ai conclu de tout ceci que chaque pays a en somme l’enseignement qu’il mérite, au sens où chacun est responsable de la qualité son enseignement, et où les choix politiques en matière d’enseignement ont des conséquences décisives. Il faut une longue patience, une attention et une coopération de tous, ainsi qu’une volonté politique constante pour construire un système d’enseignement efficace et démocratique et c’est un système assez fragile que quelques décisions politiques irréfléchies peuvent mettre facilement en danger.

En cette année d’élection, il n’est peut-être pas inutile de le rappeler !


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