A l'école primaire on
utilisait souvent
comme valeur
approchée de
. Depuis la mise sur le
marché de calculatrices à bas prix, cette pratique est sans doute moins
répandue. L'étude qui suit a pour but, à partir d'une expérimentation, de
rendre moins arbitraire l’utilisation de cette fraction, d’en découvrir
d’autres et de conduire une réflexion sur le nombre
.
Diverses définitions de
:
On peut envisager de
caractériser
de deux manières
:
- comme rapport de la longueur de
la circonférence d'un cercle et de son diamètre,
- comme rapport de l'aire du
disque et de l'aire du carré ayant pour côté son rayon.
Le concept de rapport de
longueur ou d’aire est à considérer avec prudence. En réalité, ce qui est
recherché, comme dans l’antiquité grecque, c’est une mesure commune permettant
de mesurer, en nombres entiers, ces deux grandeurs : longueur de la
circonférence et diamètre, ou aire
du disque et aire du carré. En cas d’impossibilité de trouver une mesure
commune, telle que chaque grandeur soit un multiple exact de cette mesure
commune, ce qui est le cas des grandeurs incommensurables, on se contente d’une
approche « au
mieux ».
Le nombre
et les fractions
continues
:
On peut
remarquer que la valeur
est la première réduite de
dans le développement en fractions continues. Les suivantes sont
et
.
Ces réduites
sont intéressantes dans la mesure où elle réalisent une bonne
approximation du réel dont elles proviennent.
On peut
imaginer une méthode simple permettant de vérifier que
est une
bonne approche, même la meilleure approche pour une fraction dont le
dénominateur est à un seul chiffre. Si on est un peu courageux et si on dispose
de suffisamment de moyens on peut même tester, ou trouver, les valeurs
et
.
La manip
à faire :
On se munit de
carrés et de disques découpés dans un matériau homogène, du plastique par
exemple. L’idéal serait de disposer de carrés de côtés R et
de disques de même rayon R.
Pour mesurer
les aires du disque et du carré, au lieu de prendre des unités de plus en plus
petites, on essaie de mesurer d disques de rayon R avec n carrés de coté R comme unité.
Sur un plateau
d'une balance, on met d disques de rayon R et sur l'autre
n carrés de coté R
en recherchant le meilleur équilibre. Comme l'équilibre n'est jamais atteint,
on le réalise avec des poids additionnels (marqués en grammes par exemple) ou
éventuellement du sable.
On peut partir de d
= 1, puis augmenter d'une unité les valeurs de d. On recherche, par tâtonnements, la valeur de
l’entier n pour avoir le meilleur
équilibre. Celui-ci correspond, en fait, au moment où les plateaux de la
balance basculent d’un coté à l’autre. On note les valeurs de
d, de n et la charge additionnelle ch (en grammes) pour établir l’équilibre.
Simulation
:
Avec Maple on peut simuler
l'expérience. Le petit programme suivant est destiné à faire parcourir à d la plage des entiers de 1 à 999, en recherchant pour
chaque valeur de d la valeur de n telle que la faction
soit la plus
proche de
.
> er:=1: ermin:=er:
for d from 1 to 999 do
n:=floor (Pi*d):
delta1:=evalf(Pi-n/d):
delta2:=evalf((n+1)/d-Pi):
if delta1<delta2 then delta:=delta1:
ser:=+1
else delta:=delta2: ser:=-1 fi:
if delta<er then er:=delta: dmin:=d: nmin:=n+(1-ser)/2 fi:
if er<ermin then print(d,nmin/dmin,ser*er): ermin:= er fi:
od:
print(`meilleur
résultat jusqu'à d=999 .`) ;
L’affichage donne, à chaque amélioration de l’erreur,
dans l’ordre : la valeur de d,
le numérateur n de la meilleure fraction trouvée
et la
différence
(le signe
indiquant le sens de l'erreur ) :















Remarques
sur la simulation :
On peut remarquer que, jusqu'à d = 56 la fraction
est la meilleure
approximation. Ensuite, on trouve des fractions dont le dénominateur est à deux
chiffres mais qui n’améliorent pas sensiblement l’approche de
, c'est la réduite suivante du développement en fraction
continue de
,
c'est-à-dire
qui
devient le meilleur résultat, puis
, et
ceci jusqu'à la valeur d = 999.
L’égalité
, à la
manière d’Archimède :
Rappelons
tout d’abord les définitions de
et de
. Pour un cercle de rayon R,
si on note L la
longueur de sa circonférence et A
l’aire du disque limité par ce cercle, on peut poser
et
.
La démonstration
d’Archimède, qui permet
de conclure à l’égalité de
et de
, consiste à découper le disque en 2n secteurs égaux et à approcher la longueur de la
circonférence par les cordes de ces secteurs ; en étalant sur une droite
les triangles ainsi obtenus, on obtient une approche de l’aire A du disque ainsi qu’une approche de la longueur L de la circonférence.
On peut donner
une approche très visuelle de l’égalité à démontrer en trois figures, donnant
respectivement : le découpage du disque en 2n secteurs, puis en matérialisant les cordes et enfin
en mettant “à plat” les triangles et les secteurs.
On fait
successivement trois séries de trois figures, l’une pour n=4 , l’autre pour n=8 puis
pour n=16 :

figure 1 figure 2

figure 3
Pour n = 8 le on distingue encore la ligne polygonale et la
circonférence

figure 4 figure 5

figure 6
Pour n = 16, la circonférence et la ligne polygonale sont
quasiment confondues

figure 7
figure 8

figure 9
Conclusion :
Sans
faire appel à des notions de convergence, on peut se convaincre, en observant
les figures ci-dessus, que le rectangle a une base qui tend vers la
demie-longueur de la circonférence tandis que sa hauteur se rapproche du rayon
du cercle. On déduit
que l’aire du rectangle tend vers la valeur
, et comme cette
aire est constamment égale à la somme des aires des 2n triangles, il devient évident qu’elle est de plus
en plus proche de l’aire des 2n secteurs, dont la valeur est
égale à A.
On peut donc conclure que
, ou encore en divisant les deux membres par R2 , on trouve que
.
Quelques
remarques sur la manip :
Pour faire l’expérience complète il faut disposer de
plus de 113 disques et de plus de 355 carrés.
La mise en évidence de
nécessite
beaucoup moins de matériel : une dizaine de disques et une trentaine de
carrés.
Il faut aussi une balance à plateaux. Par contre,
les poids marqués ne sont pas indispensables, si on se contente de prouver que
est la meilleure
approximation – elle correspond au tas de sable le plus petit.
Pour montrer que le rayon ne joue aucun rôle, il
serait souhaitable de faire l’expérience avec des disques et des carrés plus
grands ou plus petits (mais toujours d’un rayon égal au côté du carré).
La manip pour être valable doit utiliser des pièces
bien usinées et d’un matériau bien homogène et d’épaisseur constante. Le
contrôle de la qualité de ces pièces est facile, car il suffit de mettre deux
carrés accolés par un coté en superposition d’un disque, pour voir si le
diamètre du disque est bien le bon.
Quelques
notions sur les fractions continues :
Pour une approche rapide de cette notion, on peut donner
quelques exemples de développements de nombres réels en faisant appel à Maple :
> with(numtheory):
Exemple 1 :
> sqrt(3)=cfrac (sqrt(3),6);

Exemple 2 :
> sqrt(2)=cfrac
(sqrt(2),6);

Exemple 3 :
> 5/3=cfrac
(5/3,6);

Exemple 4 :
> Pi=cfrac
(Pi,6);

On
obtient les
réduites en arrêtant le développement à un certain rang. Les premières réduites données
ci-dessous sont obtenues arrêtant le développement au rang 1, 2, 3 et 4 et en
remplaçant les pointillés par zéro :
,
,
,
On retrouve bien les trois fractions déjà vues :
,
et
. Par contre la
quatrième réduite, qui est égale à
, est hors de
portée de l’expérimentation. Elle correspond à une approche de
avec une précision de 10-9 .
On
préfère en général
à
car, pour un dénominateur sensiblement
le même, l’approche de
est bien meilleure : 0,2 10-6 au lieu de 0,8 10-4.
Quelques repères sur
:
La lettre
grecque
, déjà utilisée par l’anglais William
OUGHTRED (1574-1660),
pour désigner le fameux quotient de la circonférence d'un cercle à son
diamètre, a été utilisée
systématiquement par un autre anglais JONES William (1675-1749), dans un
manuel de mathématiques élémentaires écrit en 1706.
Cette notation
a été définitivement adoptée par EULER et LAMBERT. A signaler aussi la fin des
incertitudes sur ce nombre :
-
est irrationnel : LAMBERT, 1761
-
est transcendant : LINDEMANN, 1882.
floor - greatest integer less than
or equal to a number, selon l’aide de Maple, traduction : “partie entière”