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Le projet de suppression des TPE en classe de terminale

Article paru dans Le Monde du 12/11/2004.

M. Fillon propose de supprimer les travaux personnels encadrés en terminale et au baccalauréat

Plusieurs syndicats dénoncent une régression. A quelques jours de la présentation de son projet de loi d'orientation sur l'éducation, François Fillon tente de donner des gages au SNES-FSU, le principal syndicat des enseignants de collège et de lycée. Le ministre de l'éducation a accepté de céder à une vieille revendication du SNES, en proposant de supprimer en terminale et au baccalauréat les travaux personnels encadrés (TPE), activités introduites par Claude Allègre en 1998 pour favoriser les recherches personnelles et interdisciplinaires des élèves.

Le projet d'arrêté a été transmis aux organisations syndicales et doit être examiné le 2 décembre par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE), instance chargée de donner l'avis des différents acteurs de l'éducation nationale.

Ce texte propose de supprimer, dès la rentrée de septembre 2005, les deux heures hebdomadaires réservées aux TPE en terminale. L'épreuve facultative de TPE au baccalauréat, que les élèves pouvaient choisir pour obtenir des points supplémentaires, serait supprimée à partir de la session de juin 2006. Le ministère explique que « la mesure proposée se traduira pour les élèves et leurs professeurs par un allégement de leur charge globale de travail au profit de la préparation de l'examen ».« Malgré l'intérêt pédagogique croissant qu'ils suscitent, les TPE sont ressentis en terminale comme une surcharge de travail l'année de l'examen », justifie le ministère. Ils sont maintenus en classe de première.

Cette décision a provoqué la colère des organisations qui avaient soutenu l'instauration des TPE par Claude Allègre en 1998. « François Fillon ne se contente plus de surfer sur la vague rétro, il planifie la régression, et les TPE, seule innovation pédagogique d'importance depuis dix ans au lycée, vont être engloutis, sacrifiés sur l'autel du bachotage », a réagi le secrétaire général du Syndicat des enseignants (UNSA-éducation), Luc Bérille. « La suppression des TPE renforce une conception à courte vue de la scolarité au lycée centrée sur les seuls savoirs disciplinaires. Voilà qui a de quoi inquiéter au moment où s'élabore la nouvelle loi d'orientation », a ajouté le SE.

« NON-SENS ÉDUCATIF »

La Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) a également dénoncé le projet, dans un communiqué : « C'est une décision scandaleuse, un renoncement pédagogique, un non-sens éducatif au mépris des efforts entrepris depuis quatre ans par les jeunes et les enseignants. » « C'était une démarche qui instaurait des relations authentiques entre élèves et enseignants, fondées sur la coopération. A l'évidence, cette démarche est insupportable pour le ministre car elle est inconciliable avec sa conception élitiste et sélective de l'école », a affirmé la FCPE.

Sans avoir réagi officiellement, le SNES a adopté une position prudente. Si le syndicat a toujours contesté l'instauration des TPE, il n'entend pas apparaître comme un soutien de M. Fillon. « Notre inquiétude est que les moyens dégagés par la suppression des TPE ne soient pas restitués aux -autres- disciplines. Le ministère se place dans une logique d'économies budgétaires et non pas dans une réflexion sur l'organisation globale de l'enseignement », explique Frédérique Rollet, cosecrétaire générale du SNES. Le syndicat pourrait voter contre cette mesure lors du CSE.

Luc Bronner

La position de l'APMEP sur le sujet

Position du comité de l’APMEP, réuni dimanche 14 novembre 2004, sur la disparition annoncée des TPE en Terminales.

L’APMEP ayant appris la disparition programmée des TPE en terminales rappelle l’intérêt qu’elle a toujours porté aux travaux scolaires impliquant plusieurs disciplines. Ces travaux permettent en effet une mise en appétit ou en culture des connaissances ainsi qu’une initiation au travail autonome de recherche dans la perspective de l’enseignement supérieur.
La mise en œuvre de ce type de travail a certes été difficile, il n’en reste pas moins que de nombreux collègues, de toutes disciplines, s’y sont fortement investis avec leurs élèves et commençaient à y voir, comme le reconnaît le Ministère lui-même, un intérêt pédagogique qu’il a prôné en d’autres temps.
L’APMEP considère donc cette suppression brutale comme un énorme gâchis ; elle attendait plutôt une amélioration de ces TPE, y compris en terminales. Elle réclame un dispositif alternatif visant les mêmes objectifs pédagogiques. S’inscrivant dans une série de déclarations donnant l’impression d’un retour à des pédagogies dépassées, cette disparition programmée nous inquiète d’autant plus fortement.
L’argument avancé de l’allègement de la charge de travail des élèves au profit de la préparation à l’examen, risque de pénaliser les élèves culturellement défavorisés. En effet, ceux-ci, non encadrés pendant le temps ainsi libéré, se retrouveront désavantagés par rapport à leurs camarades bénéficiant de ressources dans leursmilieux familiaux.
Le Ministère justifiait, en section scientifique, la diminution de l’horaire dévolu aux mathématiques par une prétendue compensation en TPE. Par quoi pense-t-il compenser cette diminution ?
Sans réponse convaincante à cette question, l’APMEP serait fondée à penser qu’il s’agit tout simplement d’une affaire bassement budgétaire au détriment de l’intérêt pédagogique.

 


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